… ou la tomate à ma sauce ! (2/2)

Maintenant que vous voyez à peu près ce qu’est la technique du pomodoro (voir La technique du pomodoro… (1/2)), voici comment j’applique cette méthode et ce que je lui trouve :)

Comment je pratique ?

Ce découpage du temps par tranches semble un peu naïf, mais vraiment, l’effet de cette méthode est assez bluffant.

Pour vous mettre dans le contexte : je fais du développement logiciel, cela inclut donc du code, de l’analyse, du test, enfin tout le toutim.

Le temps de travail….

Lorsque je commence ma journée, je sais grosso-modo ce qui m’attend. Il y aura évidemment des imprévus, des urgences, mais toujours est-il que je sais qu’elles seront mes tâches principales. L’objectif est alors d’essayer de découper mon boulot en tranches de 25min. Pas toujours évident ! C’est un exercice intéressant qui permet de prendre du recul sur ce qu’on a à faire et surtout de « prioritiser ».

Des fonctionnalités à développer vont souvent prendre bien plus qu’une tomate, du coup je découpe en paquets de 25min. A la fin d’une session, j’ai produit une brique de la fonctionnalité générale, j’ai fait avancer l’ensemble sans me disperser puisque j’avais défini ce que j’avais à faire. Lorsque je défini ce que va contenir la tomate suivante, je prend en compte ce que je viens de réaliser avec celle-ci. C’est parfaitement itératif.

La condition nécessaire pour que cela fonctionne c’est qu’il faut réussir à se mettre dans une bulle ! Essayer d’éviter le plus possible les interruptions. Quand je commence une tomate, mes mails sont en attente, skype est en mode occupé et Facebook/Twitter sont coupés. Je pars du principe que si il y a vraiment quelque chose d’urgent, on m’appelle par téléphone, sinon les messages ne sont pas à 25min près.

Ok, ce n’est pas toujours possible d’être dans sa bulle, donc si je suis interrompue, 2 solutions :

  • je pose la question « est-ce que la demande peut attendre 8min35  ?  il reste 3min35 de travail puis 5min de pause », si oui,  tant mieux, je peux finir tranquillement la tomate en cours. Je m’occuperai de la demande juste après.
  •  la demande est « urgente et importante », c’est vraiment du « tout de suite maintenant » : là j’interrompt ma session de travail.

Quand je suis interrompue, je passe le compteur en pause. Si la coupure était assez brève (moins de 3min) je termine la session de travail normalement, sinon je coupe le compteur, plus la peine d’essayer de s’y remettre la concentration n’est plus là (il faudra recommencer une nouvelle tomate depuis le début).

Au début de chaque session de travail, je me dis « voilà ce que je vais faire pendant les 25min à venir ». Et c’est parti ! Cette petite période de mise au point est assez rapide, en moins de 2min c’est clair.

Il y a des tâches qui ne prennent pas 25min (si si je vous assure), dans ce cas-là je regroupe avec d’autres petites tâches du même « thème ». Par exemple, répondre aux mails et mettre à jour des pages du wiki, voilà ça ça va me prendre 25min. Il faut que la tomate ait du contenu, qu’il y ait des choses à faire, sinon tout l’intérêt de la méthode disparaît. Lorsqu’on a trop de temps, la concentration est moins importante, on se disperse alors naturellement. C’est tout à fait humain d’ailleurs, « 25min pour répondre à 1 mail ? ouais large » du coup je vais m’arranger pour ne faire que ça dans les 25min en passant par Facebook, en trainant sur le net, … bref en n’étant pas du tout productif et au final, si ça se trouve, 25min ne me suffiront plus ! Ce n’est pas du tout la logique de la technique. Il vaut mieux avoir prévu un petit peu trop de choses pour les reporter sur le prochaine session. Attention à ne pas non plus vous prévoir une session de travail trop grosse, il faut tout de même avoir envie et le courage de commencer !

Pour certaines tâches, souvent les moins plaisantes, je suis prise de procrastination ! Du coup je ne suis plus concentrée, je pense à autre chose. Là il faut avoir la discipline de se recentrer sur la tâche en cours. Le fait de savoir qu’on va bientôt avoir une pause de 5min aide beaucoup à rester concentrée. On se dit « aller courage plus que quelques minutes et tu peux te changer les idées ». Un exemple concret ? pendant une tâche un peu rébarbative, je me dis « oh tiens il faut que je pense à voir si ce resto est ouvert » Dans ce cas là, je me note « resto » sur ma feuille (dans la partie Parking Lot) et lors des 5min de pause j’aurais bien assez le temps de penser à tous les plats et desserts du menu !

… et le temps de relâche !

Aaaah le temps de la pause :)

Il faut vraiment jouer le jeu et s’arrêter, peu importe où on en était dans sa tâche. Au début on se dit que ce n’est pas le moment de la pause, mais elle  est vraiment nécessaire. On a aussi peur de perdre le fil, pour ça il y a la prise de notes qui peut rassurer, mais je vous assure que lorsque l’on reprend on n’a rien oublié.

La pause c’est vraiment le moment de se changer les idées, de penser à autre chose. Généralement lors de ces pauses je vais me faire un thé, je fais un tour sur Twitter, je passe un coup de fil,… je souffle !

En réalité, et sans m’en rendre compte, mon esprit continue tout de même à travailler…Souvent quand je reprends une session de travail, j’ai un regard neuf sur un problème et j’entrevois des solutions auxquelles je n’avais pas pensé. Je suis convaincue que c’est l’effet « pause » qui permet cela. Si je ne m’étais pas arrêtée, je me serais acharnée, je n’aurais pas pris le recul nécessaire tout de suite. Avec la technique du pomodoro, ce recul est imposé.

Il ne faut pas oublier de faire une pause plus longue toutes les 4 tomates, ce break un peu plus long (environ 15min) permet de garder la sensation d’un rythme soutenable et surtout permet de relâcher la pression que la méthode impose.

Ce que je ne fais pas.

La méthode officielle préconique une sorte d’historisation des sessions de travail. Il faudrait noter le nombre de tomates qu’il a fallu pour arriver à bout d’une activité.

Dans ma façon de pratiquer, je ne garde pas le compte du nombre de tomates consommées. Je ne saurais vous dire combien il m’a fallu de tomates pour développer une fonctionnalité de génération de QRCode 😉 Peut-être devrais-je garder une trace du nombre ? Pour l’instant, je n’en ai pas encore ressenti le besoin. Mais c’est vrai que de garder cette historique me permettrait d’estimer mes tâches futures plus facilement… là pour le coup, j’y vois vraiment un intérêt. Je vous ferai un retour si un jour j’essaye de garder une trace de mes tomates.

Et donc  ?

Pour les avantages, il y en a beaucoup, comme vous avez pu le voir dans les explications concernant ma pratique de la méthode.

Je ne pratique pas cette méthode tous les jours, il y a des jours où c’est très compliqué à mettre en place, je pense notamment à des journées où des réunions s’enchaînent, où il faut faire du support aux clients,… enfin cela peut certainement aussi être possible mais je ne sais pas encore comment.

Le mieux pour commencer c’est d’essayer sur des activités qui s’y prête bien : par exemple, la rédaction d’un document assez important qui nécessite plusieurs tomates pour arriver à finir. Par contre, lors de votre premier essai, il faut vraiment suivre les règles à la lettre et ne pas tricher. Une fois la technique expérimentée, vous saurez reconnaître les situations qui peuvent être « pomodorisées ».

D’un point de vue plus général :

  • cette méthode est très simple ! Pas besoin d’outils perfectionnés, pas de perte de temps à configurer je sais pas trop quoi, juste un chrono, un bout de papier et on a tout ce qu’il faut pour se lancer.
  • je pense que cette technique peut s’appliquer à beaucoup de domaine : la recherche, la veille, la rédaction de documentation, l’élaboration de dessin technique, la gestion d’un stock,… Attention, il ne faut surtout pas appliquer la technique du pomodoro à vos loisirs ! Lorsque vous faites du sport, du dessin, de la patisserie,… c’est pour vous faire plaisir. Il n’y a pas cette notion de productivité, de gestion du temps. Le contexte est complètement différent. Vous ne cherchez pas à être rentable lorsque vous lisez un livre.
  • on a une autre perception du temps. J’ai souvent l’impression que le temps passe plus vite.
  • je me sens plus sereine après un enchaînement de tomates, j’ai réussi à réaliser des choses et je sais exactement ce que j’ai fait et surtout où je vais.

Ce que je retiens d’un peu négatif c’est que cette façon de travailler est assez éprouvante. Le fait d’être vraiment concentrée permet effectivement d’accomplir beaucoup de chose de façon efficace, mais en fin de journée on ressent un vrai coup de fatigue.

Même si je pratique cette méthode, des questions restent ouvertes :

  • est-ce que j’ai besoin de garder un historique des tomates ?
  • comment pratiquer si on travaille en binôme ? j’imagine que le découpage en tâches s’y prête bien, mais je n’ai jamais testé. Est-ce que 25min/5min est un rythme qui convient ? Ne faudrait-il pas avoir des sessions de travail plus longues ?
  • est-ce qu’on pourrait faire des réunions en mode pomodoro ?

Figurez-vous que cet article a été rédigé en utilisant la technique du pomodoro 😉

Un autre retour d’expérience ?

19 reflexions sur “… ou la tomate à ma sauce ! (2/2)

  1. Marc

    Salut Valérie ! J’aime énormément ce passage : « La condition nécessaire pour que cela fonctionne c’est qu’il faut réussir à se mettre dans une bulle ! (…) Je pars du principe que si il y a vraiment quelque chose d’urgent, on m’appelle par téléphone, sinon les messages ne sont pas à 25min près. »

    Ok pour les côtés urgents : si ça l’est vraiment, ceux qui appellent n’ont qu’à laisser un message sinon c’est que ça n’était pas urgent. Et les mails peuvent effectivement attendre une petite demi-heure, l’espace-temps ne va pas se courber si on n’y répond pas dans la seconde :-)

    Pour ma part, je suis plutôt soumis à la Loi de Murphy en pleine occupation… dans le sens où à chaque fois que je suis dans ma bulle et à fond sur quelque chose, un évènement ou une personne vient casser le rythme (pour ne pas dire me casser autre chose…). Un remède à base de tomate contre ça ? A part en jeter un cageot aux indésirables qui ralentissent la productivité, peu importe l’activité ?

    1. Valérie Auteur de l'article

      Bon oui, peut-être faudrait-il que tu te trouves un fournisseur de tomates bien mûres, ça peut être une solution, mais ça risque de te faire des frais de pressing tout ça !

      Sinon, quand tu dis que tu es dans ta « bulle et à à fond sur quelque chose », tu y est peut-être trop longtemps ? Je sais ce que c’est de se lancer sur une tâche et de ne pas voir le temps passer. Peut-être que justement, de te forcer à faire des pauses régulières ça te permettrai de mettre le nez hors de ta bulle et de voir ce qu’il se passe à l’extérieur. Du coup quand tu te remets au travail, tu as pris connaissance des demandes des gens. A toi de juger si ce qu’ils te demandent est plus important que ce que tu faisais avant qu’ils viennent t’interrompre.

      Mais vraiment le mieux c’est de tester la technique du pomodoro. Je te conseille de prévenir tes collègues/ton entourage que tu appliques cette méthode, ça leur permettra de mieux comprendre comment tu travailles et de le prendre en considération. Dans mon cas, je préviens mes collègues quand j’ai prévu de faire des sessions de pomodoro, du coup quand ils viennent me poser des questions, ils me demandent si je suis en plein dans une tomate et, si oui, ils me demandent de revenir vers eux quand je suis dispo.

      1. Marc

        Ah non, je ne reste jamais trop longtemps devant un écran, ne serait-ce que pour ne pas me casser les yeux… l’importance de la tâche n’entre pas en jeu, si ça devient flou je dis stop et je reviens plus tard.

        Mais je ne m’impose pas d’intervalles réguliers comme ce pomodoro, je me sentirais comme un robot téléguidé, fixé sur son chronomètre à attendre la prochaine pause/reprise. Je trouve que c’est une pression supplémentaire inutile, et au final comme je me connais, en revenant de la « pause » je perdrais plus de temps à retrouver mes marques pour me remettre à cette tâche que j’ai quittée peu de temps avant… Cet avis n’engage que moi.

        Concernant les demandes des gens, le jugement est sans appel : c’est toujours moins important que ce que je suis en train de faire. Ou alors il faudrait vraiment que quelqu’un soit à l’agonie ou qu’une Miss France sonne à la porte ! Et pour ne rien arranger, l’insistance de leur demande est souvent inversement proportionnelle à l’importance qu’ils lui accordent… M’en fous complètement que le café soit prêt alors que j’ai des bugs d’affichage à isoler :-)

        Le conseil que je donne à mon entourage est le suivant : si on constate que je suis suffisamment absorbé par ce que je fais sur mon pc, qu’on me foute une paix royale. Inutile de me tapoter l’épaule pour me demander des post-it qui sont à portée de main de tous, de me labourer la jambe en faisant vibrer mon portable dans la poche, ou de sournoisement m’envoyer un mail pour me dire « hé lève les yeux ! (laule…) » Au moins ça évitera des gueulantes inutiles, et personne ne perdra de temps :-)

        Tout dépend du contexte en fait. On ne peut pas généraliser le j’aime/j’aime pas le pomodoro, c’est pas une mauvaise idée en soi. Mais je campe sur ma position de la pression supplémentaire inutile qui déconcentre plus qu’autre chose.

        1. Valérie Auteur de l'article

          Je comprend tout à fait ta position. La technique ne convient pas forcément à tout le monde.

          Je ne suis pas la porte-parole alsacienne de la méthode, pas du tout, mais je voudrais tout de même te suggérer d’essayer quand même d’enchaîner quelques tomates, en jouant vraiment le jeu des coupures et des timers.

          D’une façon générale, sans avoir essayé (au moins un peu) une méthodologie, on ne peut pas vraiment se rendre compte des effets qu’elle peut avoir.
          Je te dis ça parce qu’avant d’avoir essayé le pomodoro, je pensais : « quoi autant de pauses ? mais c’est une perte de temps ! » ou « jamais je ne retrouverai le contexte de ma tâche », alors que pas du tout !

          Cette technique ne te conviendra peut-être pas, je l’admets sans soucis, mais peut-être aussi qu’elle te permettra de te rendre compte que tu peux améliorer ta façon actuelle de gérer ton temps et tes tâches. Il y a peut-être des choses bonnes à prendre. Ok, ça fait beaucoup de peut-être, mais je suis assez adepte du « essayer et améliorer » :)

          Si jamais ça te prend de tenter quelques tomates, j’aimerais beaucoup avoir ton feedback ! Avec ton esprit critique, je suis sûre d’avoir des retours croustillants !

  2. ramseyer

    Je vais peut être m’y remettre, mais j’attends la fin des 5 minutes de pause pour finir la lecture des arguments…

    Bon d’accord elle était :)

    Sinon il est vrai que j’en garde un souvenir de gain de concentration et de productivité, mais le plus difficile pour continuer à suivre la methode est effectivement de réussir à rester dans sa bulle lors des manifestations indésirables et à réussir à convaincre de l’efficacité de la méthode afin de permettre de diminuer naturellement ces perturbations…

      1. JM

        Je ne gardais pas une trace systématique ; ca dépendait essentiellement du type de la tâche. J’entends par là qu’il y a certaine tâches que l’on sait à l’avance qu’elles sont ultra spécifiques et qu’elles n’ont pas de valeur en dehors du cadre/projet en cours, dans ce cas inutile de tracer ma purée de tomates.
        En revanche plus le contenu de la tâche possède une forte probabilité d’être « ré-employée », plus la trace de la tomate était précise.
        Quoiqu’il en en soit à mon sens il est primordial de bien savoir construire ses tomates, qu’elles soient raisonnables point de vue temps et cohérentes.

        1. Valérie Auteur de l'article

          Effectivement je pense aussi qu’il faut voir au cas par cas pour « la trace de purée de tomates » 😉 Pour l’instant, je les cuisine sans laisser de marques, on verra bien pour les tomates à venir.
          En tout cas, merci pour tes conseils.

  3. Olivier@EtreMeilleur

    Super le feedback sur cette méthode 😉
    Ça permet de prendre du recul par rapport à l’utilisation que je peux en faire.
    Je la pratique depuis de nombreuses années maintenant et j’ai ressenti tout ce que tu as décrit.
    Il est vrai qu’on peut avoir la sensation d’être éreinté en fin d’une journée remplie de tomates. Mais le sentiment du devoir accompli compense largement.
    Pour ce qui est de l’historisation des tomates, il m’a fallu du temps pour m’y mettre. C’est un cap que j’ai franchi quand j’en voulais encore plus de cette méthode. Et ça paye.
    Les réunions en mode Pomodoro, voilà une idée intéressante. A tester.
    Merci.

  4. Eygel

    Merci beaucoup pour ces deux articles ! Je ne connaissais pas du tout cette méthode ! Les articles sont très intéressants et bien détaillés.
    Cette technique peut être intéressante pour moi, car soir je n’arrive pas à me fixer de bornes pour travailler et je me disperse, soit je reste concentrée trop longtemps.

    Je vais tester !

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